Conséquences des inondations de 2024 à Valence, en Espagne

Deux experts ont joué un rôle central dans la gestion de la crise dans la région. Roger Llanes Ribas, directeur du Bureau pour la reconstruction et commissaire spécial pour les réparations, a coordonné la réponse stratégique dans les municipalités les plus touchées. Teodoro Estrela Monreal, fonctionnaire au sein de l’autorité régionale chargée de la gestion de l’eau (Confederación Hidrográfica del Jucar)et ancien directeurgénéral espagnol chargé de l’eau, a supervisé le rétablissement des services d’eau essentiels. 


Pour M. Llanes, le premier défi majeur a été de comprendre l’ampleur réelle de la catastrophe et les besoins en matière de reconstruction. Certains dégâts étaient immédiats et évidents, d’autres ne sont apparus qu’après plusieurs jours ou semaines. Il était essentiel de maintenir une communication continue avec les municipalités, les habitants et les organisations sectorielles afin d’identifier tous les besoins émergents. Le financement a constitué un autre obstacle majeur, car l’inflation et les pénuries de matériaux ont ralenti et renchéri les achats. La coordination du soutien financier entre les différents secteurs, des entreprises aux agriculteurs, a nécessité la mise en place d’un système à la fois efficace et transparent. 


Roger Llanes Ribas

Directeur du Bureau de la Reconstruction et Commissaire spécial chargé de la réparation des dommages causés par le DANA

Roger Llanes Ribas est ingénieur agronome avec plus de 30 ans d'expérience dans les infrastructures rurales, l'irrigation et la politique agricole. Il dirige actuellement le Bureau de coordination et de promotion de la mise en œuvre de l'aide pour le commissaire spécial à la reconstruction après la DANA. Auparavant, il a été secrétaire régional de l'agriculture et directeur général de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche à Valence. Il a également dirigé SEIASA en tant que président-directeur général  et directeur technique, supervisant d'importants programmes d'investissement public dans le développement rural et la gestion de l'eau.

La coordination institutionnelle était tout aussi importante. Avec plusieurs niveaux de gouvernement agissant simultanément, un leadership clair et une coopération structurée étaient essentiels pour éviter les doublons et garantir que les secours à court terme et la planification à long terme progressaient de manière coordonnée. Pendant ce temps, Estrela et ses équipes ont dû faire face à une pression immédiate pour rétablir les services essentiels. L’approvisionnement en eau a été rétabli en quelques jours, et les systèmes d’assainissement en un mois environ. Dans certaines zones, des solutions temporaires se sont imposées pour empêcher les rejets non traités dans les cours d’eau pendant que des solutions permanentes étaient mises en place. L’endommagement des aqueducs alimentant la ville de Valence a représenté un défi particulièrement urgent, mettant gravement en péril l’approvisionnement en eau de centaines de milliers d’habitants. Grâce à une action d’urgence coordonnée, le système a été stabilisé en trois jours.  


Une fois la situation stabilisée grâce aux interventions d’urgence, l’attention s’est concentrée sur la planification à plus long terme. M. Estrela souligne qu’il était nécessaire de procéder à une analyse approfondie de l’événement, en utilisant des nouvelles données générées pendant et après les inondations afin de mettre à jour le plan de gestion des risques d’inondation existant. La collaboration avec les institutions techniques et scientifiques nationales espagnoles, notamment le CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique) et le CEDEX (Centre d’études et d’expérimentation des eaux), a permis de s’assurer que les décisions prises en matière de reconstruction reposaient sur des bases scientifiques solides, ce qui est essentiel dans le processus de gestion des catastrophes.  


Les deux personnes interrogées soulignent l’importance de mettre en place des systèmes plus résilients. M. Llanes rappelle l’importance d’une planification préalable, d’un financement stable, d’une coordination claire et continue de la reconstruction et de procédures d’approvisionnement plus efficaces. M. Estrela souligne la valeur d’une coordination inter-administrative solide et efficace et d’une planification participative globale de la résilience. Ils soulignent également que si certaines infrastructures, telles que les routes et les télécommunications, peuvent être restaurées rapidement, des travaux plus complexes, tels que les ponts et les défenses contre les inondations, nécessitent du temps, des études spécialisées et une communication claire et suivie avec les communautés. 


Ensemble, leurs expériences illustrent un effort de reconstruction marqué par l’urgence, la collaboration et un engagement à long terme pour réduire la vulnérabilité future.


La reconstruction ne consiste jamais seulement à réparer ce qui a été endommagé. Elle exige un leadership clair, des institutions coordonnées et des financements rapides afin que les personnes et les communautés puissent reconstruire leur vie en toute confiance. ​​​​​​​

Roger Llanes Ribas

Directeur du Bureau de la Reconstruction et Commissaire spécial chargé de la réparation des dommages causés par le DANA

Conséquences des inondations de 2024 à Alfafar, Valence, Espagne 

Teodoro Estrela Monreal

Organisation du bassin du fleuve Júcar

Teodoro Estrela est titulaire d'un doctorat en génie civil de l'Université polytechnique de Valence. Il a été directeur général de l'eau en Espagne et travaille actuellement à l'organisation du bassin du fleuve Júcar, où il était auparavant directeur adjoint et chef du bureau de la planification hydrologique. Il a présidé le Comité de l'eau du Conseil mondial des ingénieurs civils et dirigé le Réseau international des organisations de bassins en Europe. Il est également professeur à l'Université Polytechnique de Valence.

Une reprise durable nécessite des institutions scientifiques et techniques solides. La mise à jour de nos modèles de risque d’inondation avec le soutien du CSIC et du CEDEX était essentielle pour prendre des décisions informées après les inondations de 2024. ​​​​​​​

Teodoro Estrela Monreal

Organisation du bassin du fleuve Júcar

Hauts-de-France

Entre octobre 2023 et janvier 2024, les Hauts-de-France ont fait face à une succession de tempêtes intenses qui ont provoqué des inondations généralisées dans les bassins versants de l’Aa, du Hem, de la Liane et de la Canche. Ces événements ont eu des impacts considérables, le département du Pas-de-Calais représentant à lui seul plus de 60% des dommages totaux enregistrés dans la région. Les territoires touchés comprennent la plaine des Wateringues, le plus grand système de polders de France, où la gestion de l’eau est un équilibre particulièrement délicat entre les processus naturels et les infrastructures humaines.


Pour comprendre comment la reconstruction s’est déroulée, nous avons parlé avec Elisabeth Frot, directrice de l’EPTB SYMSAGEB, l’organisation responsable de la gestion des bassins versants, des milieux aquatiques et de la prévention des inondations. L’une des principales difficultés qu’elle identifie est le moment où un territoire doit passer de la réponse à la crise à la reconstruction. Les différents groupes, qu’il s’agisse de résidents, d’élus locaux, de techniciens ou de partenaires institutionnels, ne font pas cette transition au même rythme. Pour que tout le monde soit en phase, il faut une communication claire et une compréhension partagée.


313 communes

reconnues en état de catastrophe naturelle, dont 145 touchées à deux reprises en novembre et janvier

640 millions

de dommages estimés au total (CCR, mars 2024)

42 100 demandes

d’indemnisation ont été déposées dans toute la région

Environ 1 000 entreprises

ouchées, dont 400 directement inondées

816 personnes relogées

sur 336 demandes ​​​​​​​

La géographie du bassin côtier du Boulonnais ajoute une complexité supplémentaire. En amont, les pentes abruptes créent un fort ruissellement et des coulées de boue, comme on l’a vu lors des événements de 2023 et 2024. En aval, en particulier dans le polder et les zones plus urbanisées, le drainage vers la mer devient lent et difficile. Chaque partie du bassin côtier réagit différemment aux précipitations, ce qui signifie que les réponses techniques ne peuvent pas être uniformes. Cette diversité rend difficile la conception d’une stratégie de reconstruction unique qui convienne à toutes les conditions locales.


Les contraintes opérationnelles ont également façonné la reconstruction. SYMSAGEB est une petite équipe responsable d’un vaste territoire diversifié, ce qui rend difficile les travaux de diagnostics et le maintien d’une présence sur le terrain partout. Les relais locaux et les partenariats sont essentiels, mais la priorisation reste un travail constant. Les problèmes urgents doivent être résolus rapidement, mais la reconstruction nécessite également des solutions plus intégrées et à plus long terme qui vont au-delà des réparations immédiates.


Un autre défi majeur concerne la compréhension, par le public, des responsabilités définies dans le cadre national GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations) pour la gestion de l’eau. De nombreux résidents, et même certains élus, ont une connaissance limitée de qui est responsable de quoi. L’entretien des cours d’eau, la gestion du ruissellement et la protection contre les inondations impliquent plusieurs acteurs, notamment les propriétaires riverains. Les malentendus peuvent entraîner des attentes mal placées et des reproches. SYMSAGEB doit souvent expliquer ce qui relève de sa compétence et ce qui n’en relève pas, ainsi que les limites de certaines actions, telles que le curage ou le drainage rapide, qui peuvent parfois aggraver le comportement des crues plutôt que l’améliorer.